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7 février - 8 mars 2008 |
Kamel Yahiaoui |
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Kamel Yahiaoui |
Les œuvres de Kamel Yahiaoui sont des persistences rétiniennes, des traces laissées sur les divers supports (toile, objets divers) par les êtres, souvent disparus. Entre apparition et disparition, telles des photographies anciennes, ses œuvres ont été comme attaquées par la lumière, point par point. L’amour semble s’entêter à laisser une trace, même ténue, au-delà et malgré les drames que l’on devine. Ce trésor est conservé, par-delà les ravages du temps, des massacres, des dictatures. Protestation d’amour, de vie. Vocabulaire considéré aujourd’hui comme “démodé”: la Justice, la Politique, la Liberté.
Les œuvres de Kamel Yahiaoui font apparaître ce que l’on ne perçoit jamais d’un visage réel: un trait générique, un morceau de soi-même ou d’un parent: le corps doit être morcelé. Il ne s’agit pas ici de tel ou tel individu, mais d’ une lignée. Tels des portraits de ses parents, de ses frères, des expressions d’amour et de vérité, des suppléments d’identité, donnés généreusement, sans “importance”, coïncidant pleinement avec eux-mêmes. Un peu comme des masques, qui amènent mystérieusement au visage, à l’Etre. On ne peut retrouver le fond de l’œuvre, car ce fond, cette matière, est le sujet même, c’est-à-dire une absence. L’absence, le vide, non pas dans le sens religieux, mais dans ces images-mondes, comme hors du temps. C’est par leur matière qu’on entre directement dans le sculptures-tableaux de Kamel : matière qui semble pâlir, s’exténuer, disparaître presque. Que nous disent les valises de Yahiaoui ? Que les immigrés , selon ses propres morts , “habitent dans une valise”. Certes, ils n’ont pas encore atteri. mais, aussi, l’Afrique (dont se revendique Kamel) : Africain , plus que Kabyle ou “Arabe”. “Africain”, comme on dirait “Humain”. Au moment où le racisme anti-africain gagne le Maghreb, au moment où les candidats à l’mmigration s’échouent sur les côtes des Canaries, ou sur les barbelés de Mélila ou Ceuta. Comme ces anonymes, les personnages de Kamel nous demandent un effort du regard pour scruter, appercevoir leur histoire. Présences-absences, qui fascinent, appellant par là-même la profondeur de tout sens possible, irrévélée, et pourtant manifeste, comme un Saint-Suaire contemporain de toutes les souffrances anonymes. Kamel récupère, recycle, pour mieux relancer les objets et les vies brisées. La modestie de l'objet-support (tapis, vêtement, meuble, objet trouvé) fait écho à la modestie de ces vies et de ces êtres dont la richesse est cachée, loin , à l'intérieur. Sa vie, elle aussi, fut plusieurs fois brisée. Misère, islamisme, puis racisme, enfin art “officiel”. Kamel crée comme il chante. Et son chant transperce le temps, les langues et les mémoires. Kamel qui, en 2005, déposa au coeur du Centre Culturel algérien à Paris la violence d’une exposition sur la Shoah: Universalité de l’artiste, de l’Homme, sans peur et sans frontières. Olivier Sultan, Paris, Janvier 2008 |