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Nicholas Mukomberanwa, Henry Munyaradzi, John Takawira et Bernard Matemera
sont les figures emblématiques de la sculpture contemporaine au
Zimbabwe. Si leurs chemins et leurs styles diffèrent, ils ont tous
contribué à la redécouverte de leur culture au début
des années soixante, une onde de choc, qui, depuis, na cessé
de samplifier, pour donner naissance (avec leurs élèves
et «disciples») au mouvement de la sculpture contemporaine
au Zimbabwe.
Deux rencontres ont provoqué ce mouvement : tout dabord,
celle du Britannique Frank Mc Ewen (1907-1994). Ami dHenry Moore,
de Picasso, de Matisse et de Tristan Tzara, il conçoit, puis inaugure
la National Gallery de Salisbury en 1957 (vouée en Rhodésie
à la seule promotion des artistes dorigine européenne).
Dès le début, il se trouve confronté à un
double défi : labsence de collection conséquente,
et surtout le mépris affiché (et érigé en
politique) des autorité coloniales à légard
de la culture africaine. Les temps de lempire du Grand Zimbabwe
et du Monomotapa sont révolus depuis longtemps, et lart plastique
a été soit canalisé dans liconographie religieuse
des missionnaires, soit a dégénéré en production
pour touristes.
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Elle
imprègne le quotidien, en dépit de linterdiction de
lusage des instruments de musique locaux. Frank Mc Ewen sy intéresse,
et entreprend de voyager à travers le pays, et de simprégner
de limaginaire collectif shona (la culture traditionnelle dominante
au Zimbabwe). Créant un atelier clandestin au sein de la National
Gallery à Harare ( le premier musée d'art moderne du continent
africain), il encourage les premiers artistes, par la pratique de la peinture
et de la sculpture, à mettre en forme leur culture si longtemps méprisée.
En 1962, dans le catalogue de la première biennale de la culture
africaine, organisée à Harare, il écrit : «La
culture africaine est encore en bonne part ignorée du grand public.
Si lon appartient effectivement à ce siècle, on doit
bien, cependant, être conscient des influences culturelles dorigine
africaine et néo-africaine qui sexercent aujourdhui dans
plus dun domaine(...) Une ère nouvelle sesquisse sur
le continent noir. Dans sa dynamique renaissance, elle saura puiser dans
son riche passé et profiter aussi des influences modernes quelle
a, en partie, inspirées.» La rencontre de ce personnage fut
déterminante pour ces «précurseurs»: la prise
de conscience que leur culture était loin dêtre inférieure
à la culture européenne, et quils devaient y puiser
leur source dinspiration a été, et est toujours aujourd'hui,
une motivation primordiale. |
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En
1962, Nicholas Mukomberanwa apporte à Mc Ewen sa première
sculpture, et est encouragé à se joindre à latelier
créé peu auparavant. Tout comme John Takawira, il redonne
naissance peu à peu, dans la dure pierre serpentine, à la
mythologie qui lui est si chère. Au fil des années, les premiers
artistes progressent de manière déterminée au coeur
du matériau, et au coeur de leur propre culture, dont lessence
est ainsi incarnée avec force. Mc Ewen évoque la violence
des sculptures «Medium Possessed» et «Symbolic Head»
de Mukomberanwa , exposées en 1971 au Musée Rodin, et qui
illustrent la pression extrême qui sempare dun individu
qui fait place dans son esprit à la culture ancestrale.
La seconde expérience déterminante sera la communauté
de Tengenege, créée quelques années plus tard par Tom
Blomefield, Bernard Matemera, Henry Munyaradzi et Fanizani Akuda vont, eux
aussi, avec pour règle principale de «ne pas sinspirer
du travail dautrui», explorer leur imaginaire culturel intérieur. |
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John Takawira, tout comme Mukomberanwa, parlait souvent de «créer
des oeuvres uniques au monde, dignes d'avoir un jour leur place dans un
Musée». Cette «profession de foi» est doublement
intéressante : tout dabord, elle révèle leur
conscience dun statut de lartiste dans le monde contemporain
(sans nul doute influencée par le succès des premières
expositions internationales), et elle exprime également leur fierté
dartistes qui exposent leurs valeurs au reste du monde et sont reconnus
pour ce quils sont : des créateurs contemporains originaux,
ancrés dans leur culture ancestrale. Une affirmation qui revient
constamment, celle de la valeur retrouvée de leur culture, mêlée
à celle du statut de créateurs contemporains.Après
«magiciens de la Terre» (Beaubourg), ces artistes ont grandement
contribué à la remise en question des frontières
et définitions artistiques parfois trop rigides.
Olivier Sultan,
Paris, Janvier 2001
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